Test au porté Daniel Jean Richard Chronoscope 2 Time Zones

 

La Revue des Montres propose un contenu horloger novateur : le test longue durée d’une montre. Pour ce faire, les membres de l’association Passion Horlogère ont accepté d’être mis à contribution ; un modèle leur sera fourni pendant quelques semaines, et ils devront ensuite livrer leurs impressions.

Cette opportunité me paraît tout à fait pertinente ; dans le paysage horloger actuel, au-delà des communications officielles des marques et des fora horlogers, il me semble qu’il manque un élément de choix important : le retour d’expérience, aussi neutre et objectif que possible.
J’ai donc la chance de passer quelques jours avec cette Jean Richard, et vais tenter de partager avec vous mes impressions, mais également le ressenti de mon entourage, ainsi que les avis d’autres passionnés. A titre personnel, ce test m’intéresse d’autant plus que la marque est pour moi une énigme…


LA MARQUE :
Daniel Jean Richard : marque sœur de Girard Perregaux au sein du groupe Sowind, souvent considérée comme un parent pauvre…à l’instar d’un Tudor pour Rolex ?
Pourtant, à bien y regarder, la première montre créée par Daniel Jean Richard date de 1681, une première dans la région, soit une centaine d’années avant l’apparition de Girard-Perregaux…
Au XIXème siècle, Louis Jean Richard, son petit-fils, construit un observatoire lui permettant de tester la précision de ses montres, bien avant la création de l’observatoire de Neufchatel.
Nous devons à Jean Richard l’invention d’un grand nombre de machines et outils, qui seront ensuite utilisés par tous les horlogers. Une grande partie de ces inventions a été regroupée dans le musée éponyme, celui-ci servant également d’atelier de formation pour les horlogers du groupe Sowind …
Enfin, lors de ma dernière visite à la Chaux de Fonds, je me souviens m’être arrêté devant ce panneau :

 

D’où mon interrogation : à l’heure où nous sommes littéralement inondés de marques tentant de s’acheter une légitimité historique parfois douteuse, comment se fait-il de Jean Richard soit à ce point méconnu des amateurs d’horlogerie ?

 

LE MODELE :
Créée en 2008, la gamme Chronoscope est équipée du mouvement manufacturé JR1000. La 2 Time Zones propose l’indication d’un second fuseau horaire sur 24 heures au travers d’un guichet à 12.00, ainsi que les villes du monde, dans un second guichet à 6.00.


CARACTERISTIQUES TECHNIQUES MOUVEMENT
Mouvement à remontage automatique de manufacture JR1060
Calibre 15’’’, 31 rubis, fréquence 28 800 alt / heure (4Hz)
Réserve de marche 48 heures


BOITIER
Boîtier en acier, lunette en acier revêtu de caoutchouc vulcanisé
Poussoirs et protège-couronnes en acier, traités PVD noir
43 x 43 mm hors couronnes, épaisseur : 13,23 mm
Glace saphir anti-reflets, légèrement bombé
Fond saphir teinté
Couronnes vissées : 2
Etanche à 100 mètres

CADRAN
Cadran ardoise, motifs géométriques,
Chiffres arabes et index appliqués avec matière luminescente


BRACELET
En alligator anthracite, avec boucle déployante en acier


FONCTIONS
Heure, minute, seconde, double fuseau horaire, date à 6 heures



TESTS DE PRECISION :
Effectués sur 5 positions :

 

Couronne à 3.00 :

 

Couronne à 6.00 :

 

Couronne à 9.00 :

Sur la tranche, couronne vers le haut :

Position couchée :


Les tests de précision me semblent tout à fait concluants ; il ne me semble pas que ce mouvement ait reçu la certification COSC, mais sur une si courte durée, et sans tenir compte des variations de températures, il est pratiquement dans la norme. A noter la précision diabolique du JR1060, couronne à 3.00.

LE MOUVEMENT



D’un diamètre de 15 lignes et d’une épaisseur de 5,25 mm, Le JR1060 est une émanation du JR1000, intégrant l’affichage d’un second fuseau horaire sur 24 heures. Ce mouvement est joliment décoré, que ce soit sur la platine (perlage), les ponts (anglés et côtes de Genève) ou la masse oscillante (côtes de Genève circulaires et gravures). Il bénéficie par ailleurs d’un réglage fin.

Pourquoi dès lors avoir teinté le fond transparent ? Cela empêche malheureusement d’admirer tous les détails de ce très joli mouvement… Vraiment dommage, car je suis féru des belles mécaniques…

 

LE BOITIER
Ses dimensions pourraient effrayer le quidam : 43 X 43 mm hors couronnes. Ce n’est pourtant pas un boîtier trop encombrant : la forme coussin ne présente pas le même encombrement qu’un boîtier de forme ronde. A titre d’information, ci-dessous une photo à mon poignet (17,5 cm de diamètre), qui confirme que ce Chronoscope reste tout à fait portable :

Les anses, de 22 mm d’entrecornes, permettront la pose de nombreux types de bracelets. Elles sont légèrement incurvées, permettant à la montre d’épouser sans problème la forme du poignet.
Pour information, la montre passe difficilement sous les manches de chemise, ceci n’étant de toute façon pas dans la philosophie sportive de ce modèle.
La première chose qui frappe est la parfaite symétrie de la 2 Time Zones :
– Couronne vissée à 3 heures pour le réglage rapide de la date et de l’heure, logo JR
– Couronne vissée à 9 heures pour le réglage des villes
– Poussoirs à 8 et 10 heures, pour le réglage indépendant de l’aiguille des heures, traités PVD
– Epaulements de la couronne à 3.00 traités PVD également.
Cette symétrie est le premier élément commenté par mon entourage, présenté comme très esthétique mais également assez perturbant : A l’essai, 2 de mes amis l’ont enfilée à l’envers, avant de se rendre compte de leur erreur… Je trouve personnellement que ce parti-pris esthétique lui donne une grande originalité et beaucoup de caractère.
Un autre élément a été régulièrement mis en exergue : la lunette en caoutchouc. Les avis sont partagés sur le sujet : Certains ont pensé que cela collait à son style sportif, baroudeur, mais elle a également été perçue comme assez « bas de gamme » sur une belle montre. Je trouve personnellement que cette matière reste dans l’esprit sportif de cette Chronoscope, mais je crains pour la durabilité de celle-ci.

LE CADRAN

Fond gris mat à motifs échiquier, index et chiffres arabes appliqués, aiguilles Broad Arrow (heures) et glaive (minutes), aiguille des secondes terminée par une pointe de rouge, chemin de fer circulaire, puis réhaut indiquant de 13 à 24H, guichet des villes et du second fuseau horaire cerclés : La finition est quasi parfaite.
2 inscriptions assez discrètes : cette 2 Time Zones n’a pas cédé à la mode du verbiage inutile sur son cadran, grand bien lui en a pris.

D’une ouverture de 36 mm, ce cadran « attrape » la lumière de merveilleuse façon, sous tous les angles, renvoyant des couleurs différentes, que ce soit au soleil ou sous lumière artificielle. C’est pour moi la grande réussite de cette montre.
La lisibilité est parfaite, y compris dans l’obscurité, grâce au traitement luminova des chiffres, index et aiguilles.

Dernier point qui me semble bien résumer la philosophie de ce cadran, mais aussi de la marque : La mention Swiss Made est bien présente, mais elle est simplement illisible sans une loupe, en toute discrétion.

Vous l’avez compris, je suis sous le charme de ce cadran, que ce soient par sa finition, sa lisibilité et son aspect fonctionnel.

COURONNES, BRACELET, BOUCLE


La couronne à 3.00 est siglée de la marque, celle à 9.00 reprend un motif circulaire qui n’est pas sans me rappeler une valve Hélium…


Le bracelet est en Alligator gris – et c’est pour moi un point faible de la 2 Time Zones – ne colle pas, à mon avis, à l’esprit sportif de la montre, et son aspect très mat (en rappel du cadran) le fait paraître beaucoup plus bas de gamme qu’il ne l’est réellement.
Je me suis amusé à monter un bracelet de type NATO noir, je trouve l’ensemble plus « raccord ». Le montage d’un bracelet caoutchouc mat qui rappellerait le caoutchouc vulcanisé de la lunette serait peut-être la meilleure combinaison possible…

La finition de la boucle déployante est parfaite : finition brossée, rapidité d’ouverture et de fermeture, belle impression de solidité, très faible épaisseur une fois fermée. Cette boucle est parfaitement conçue et s’oublie totalement au porté.

 


IMPRESSIONS AU QUOTIDIEN
Premier point important : la montre est très confortable. A aucun moment, je n’ai été gêné par son port. Je me suis souvent surpris à regarder l’heure toutes les 5 minutes, par pur plaisir… J’ai eu chaque jour beaucoup de plaisir à la passer au poignet. J’ai apprécié au quotidien sa très grande lisibilité, à aucun moment les couronnes ne m’ont gêné.

J’ai en revanche dû la laisser dans sa boîte lorsque mes obligations professionnelles m’obligent à porter un costume, et ce même avec des boutons de manchette – J’en déconseille de toute façon l’utilisation avec une belle montre, les risques de rayures étant trop grands. Ceci n’est pas un problème pour moi (j’ai des montres pour toutes les occasions, même les plus improbables…), mais cela pourrait présenter un obstacle si le propriétaire ne possède que ce Chronoscope.



Malgré son caractère affirmé et sa taille conséquente, elle n’a à aucun moment paru outrancière, « show-off » aux yeux de mes collègues et amis.

Je n’ai en revanche jamais réussi à me faire au bracelet, à mon humble avis pas dans l’esprit de cette montre. J’ai fini par la garder sur le bracelet NATO, avec lequel je me sens plus à l’aise.



Enfin, ma grande déception : le fond transparent / quasi opaque… Moi qui aime bricoler mes vieux calibres, je pourrais passer des heures à détailler un beau mouvement. Le JR 1060 en est assurément un, de pure manufacture, avec de très belles décorations. Mais Pourquoi diable a-t-il fallu le rendre quasi-invisible derrière ce fond fumé ? Pourquoi dès lors ne l’avoir pas caché derrière un fond plein, finalement dans l’esprit sportif de ce modèle ?


AVIS DE PASSIONNES
J’ai eu l’occasion de présenter ce Chronoscope à quelques passionnés, et vous livre ici les avis de chacun :
– Symétrie parfois déroutante, d’autres fois attachante, à coup sûr une disposition qui ne laisse personne indifférent
– Très beau cadran, même si son aspect mat peut gêner certains
– Unanimité sur un meilleur mariage avec un bracelet de type caoutchouc, l’alligator mat présenté ici passant pour plus bas de gamme qu’il ne l’est, et à tout le moins pas assez sportif
– La forme coussin du boîtier, ainsi que la typologie des index ont amené certains à faire le rapprochement avec des modèles Panerai.


CONCLUSION
Ce fond « Transparent-mais-pas-trop », ce Swiss-Made quasi illisibles illustrent assez bien le manque d’image dont Jean Richard, marque tout en discrétion, souffre sur le marché Français… Alors que nombre de marques exposent des mouvements « génériques » derrière un fond transparent, pourquoi Jean Richard ne présente-elle pas avec fierté son JR1060 sur ce modèle ? Alors que d’autres marques se survendent avec une légitimité historique pour le moins floue, comment Jean Richard peut-elle ne pas fièrement communiquer autour de sa belle et longue histoire ? Ce souci de la discrétion, cette confidentialité m’échappent…

J’ai eu le plaisr d’avoir à mon poignet une très belle montre, extrêmement bien finie, difficilement comparable à d’autres modèles du marché ; Ce Chronoscope 2 Time Zones embarque un très beau mouvement de manufacture, possède un caractère très affirmé et n’a laissé personne indifférent autour de moi.


Jean Richard, malgré de très beaux produits (j’ai également pu avoir en main un modèle de a gamme Bressel), souffre peut-être d’une filiation encombrante avec Girard Perregaux au sein de Sowind. Cette marque mérite une présence bien plus forte en terme de communication.
Trop de marques, essayant de vendre une image, tendent parfois à oublier qu’elles fabriquent des montres ; A l’opposé, Daniel Jean Richard possède de superbes modèles et peut s’appuyer sur une très belle histoire. Qu’attendons-nous pour lui réserver la place qu’elle mérite ?

Par Frédéric D.

Passion Horlogère

www.passion-horlogere.com

votre avis nous interesse

ça va vous intéresser

Chopard L.U.C XPS : l’heure de l’épure
Outil d’établi : pique-huile automatique
Outil d’établi :la “poule”
Wikimontre : les Cadrans TAG Heuer chez ArteCad à Tramelan, en Suisse Chapitre 1
wikimontre : le guillochage traditionnel
Anatomie d’une montre : Victorinox Swiss Army Alpnach Mechanical Chronograph : Force aérienne
Anatomie d’un modèle : Oris Artelier Worldtimer
De l’art d’entretenir son bracelet de montre : Chapitre 2

Découvrez

Tag Heuer partenaire de la Formule E…
Nolwenn Leroy au Prix de Diane Longines
LVMH en force à Baselworld
Iwc Schaffausen partenaire du festival de Tribeca
Mat, Montre Officielle de la Légion Etrangère.
Hamilton clôture le festival de Cannes