L’aventure stylistique de Dior horlogerie

En à peine l’équivalent de deux mandats présidentiels américains, Dior s’est taillé une belle place au firmament des maisons horlogères. Pas de hasard dans cette aventure avant tout stylistique qui s’est faite avec modestie mais non sans ambition. Et avec une grande fidélité aux idéaux de Christian Dior himself.

A05 Pose du bracelet carré

«L’avenir c’est le temps Dior».  Christian Dior aurait pu prononcer cette phrase. A notre connaissance il ne l’a pas fait. Elle ne figure pas en tout cas dans l’anthologie de ses citations*. Même en feuilletant Christian Dior & moi**, son autobiographie composée en 1956, on n’en trouve pas l’ombre d’une ébauche. Pourtant, on lui fait dire tant de choses à ce couturier star dont il disait lui-même : « Il y a deux Christian Dior, moi et l’autre ». A l’instar de Wharol ou de Hitchcock, Dior, icône du XXè siècle, considéré comme l’un des oracles du style et du bon goût, on lui prête en effet tant d’aphorismes bien sentis, voire totalement apocryphes. Il a tant délivré la bonne parole du style, que 55 ans après sa disparition, son élégance et sa simplicité continuent de nourrir les équipes de création qui œuvre sous ses imposantes initiales, CD, avenue Montaigne et sur toute la surface du globe. La meilleure preuve c’est que les montres ne sont nées dans la maison qu’en 1975, et encore était-ce sous licence, certes Swiss made, mais sous licence. Dior avait beau être l’une des premières maisons de couture à s’intéresser à l’horlogerie, la collection n’est pas restée dans les anales et le génie universellement célébré, disparu 20 ans avant que la première collection de montres à son nom ne soit commercialisé, n’aurait peut-être pas apprécié, lui qui n’aimait rien tant que le travail bien fait.  Il faudra attendre 25 ans pour assister véritablement à la naissance d’une véritable collection de garde temps digne de ce nom, de son nom. Devenu entre temps encore plus énorme et encore plus prestigieux. « La maison a véritablement commencé à parler d’horlogerie en 2001 avec l’ouverture de nos ateliers en Suisse à La Chaux de fonds, confie Laurence Nicolas, présidente de Dior Horlogerie, qui a porté le département sur les fonds baptismaux. Auparavant, c’était considéré comme des accessoires, de façon ludique. On parlait plutôt de montres de mode ». Mais cela bien entendu, c’était avant.

LIGNES NETTES ET DETAILS OMNIPRESENTS

Fort du succès du prêt-à-porter masculin chez Dior Homme, l’horlogerie du même bord lui a d’instinct emboîté le pas. Et ce depuis le départ. Rendons à César ce qui appartient à César, Hedi Slimane, son premier initiateur, a su immédiatement donner le ton pour s’imposer à l’époque sur le marché vrombissant de la mode masculine. Un rythme incisif, presque guerrier, sans à peu près. Quand la toute première “Chiffre Rouge” est sortie, le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elle n’a pas laissé indifférent. Si au démarrage, il s’est trouvé quelques esprits chagrins pour en remontrer question technique à Dior Horlogerie, ses nombreux adeptes de la première heure lui ont permis de s’imposer dans le conservateur paysage horloger. Et, le passage en force se révéla un excellent investissement à long terme. Avec une seule leçon à retenir de tout cela, devenu principe fédérateur de la maison : suivre de près l’esprit des créations de Christian Dior et de son fondateur. Un réflexe presque pavlovien qui consiste à puiser régulièrement inspiration du côté des collections de Kriss Van Asche, leur designer depuis 5 ans. On y retrouve la même rectitude, les mêmes contrastes, la même obsession du détail. Les lignes sont nettes et acérées, la palette chromatique minimale, et les détails omniprésents.  Autant de signes particuliers que l’on retrouve ensuite dans les créations horlogères, incroyablement réinterprétées. Un des plus beaux exercices de style en la matière. Le fond guilloché d’un cadran reprend l’idée du piqué de coton d’un plastron de chemise, une cicatrice court dans le métal des bracelets comme la surpiqûre d’une veste, un remontoir rouge sang comme un accessoire supplémentaire, un fond de boîtier translucide comme une toile transparente. Vu de près, la démonstration est imparable. Tous aujourd’hui s’accordent sur les qualités des pièces de haute horlogerie maison, qui depuis le lancement en 2008 de la « Dior Christal Tourbillon », l’une des complications les plus ardues à réaliser, en remontre même aux plus grands du secteur. Il faut dire que sa transparence et ses rouages sophistiqués qui rappellent la dentelle et la précision d’un moteur d’avion, ont ravi les spécialistes. Une ligne démesurée dont son créateur, John Galliano, avait le secret.

Autant dire qu’avenue Montaigne on ne fait pas les choses à moitié.

*Christian Dior, Citations, de Thierry Dussard, Les éditions du Palais, 56p., 9,90 €.

**Christian Dior & moi, par Christian Dior, La Librairie Vuibert, réédition 2011, 218 p., 22 €.

Encadré 1 : Dior Horlogerie en 5 dates

1975 : Naissance des montres Dior

2001 : création des Ateliers Horlogers Dior

2004 : lancement de Chiffre Rouge, garde temps masculin par excellence

2006 : Lancement de la Chiffre Rouge A05 (41mm), modèle iconique

2011 : sortie du calibre Dior Inversé qui équipe la M01

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